• Parfums d'enfance, parfums d'errance...




    Mon enfance passa,
    De grisailles en silences,
    De fausses révérences
    En manque de batailles.
    L'hiver j'étais au ventre
    De la grande maison
    Qui avait jeté l'ancre
    Au nord parmi les joncs.
    L'été à moitié nu,
    Mais tout à fait modeste,
    Je devenais indien,
    Pourtant déjà certain
    Que mes oncles repus
    M'avaient volé le Far West.

    Mon enfance passa,
    Les femmes aux cuisines
    Où je rêvais de Chine
    Vieillissaient en repas.
    Les hommes au fromage
    S'enveloppaient de tabac,
    Flamands taiseux et sages
    Et ne me savaient pas.
    Moi qui toutes les nuits,
    Agenouillé pour rien,
    Arpégeais mon chagrin
    Au pied du trop grand lit.
    Je voulais prendre un train
    Que je n'ai jamais pris.

    Mon enfance passa,
    De servante en servante
    Je m'étonnais déjà
    Qu'elles ne fussent point plantes.
    Je m'étonnais encore
    De ces ronds de famille
    Flânant de mort en mort
    Et que le deuil habille.
    Je m'étonnais surtout
    D'être de ce troupeau
    Qui m'apprenait à pleurer
    Que je connaissais trop.
    J'avais L'œil du berger
    Mais le cœur de l'agneau

    Mon enfance éclata,
    Ce fut l'adolescence
    Et le mur du silence
    Un matin se brisa.
    Ce fut la première fleur
    Et la première fille,
    La première gentille
    Et la première peur.
    Je volais je le jure,
    Je jure que je volais,
    Mon cœur ouvrait les bras
    Je n'étais plus barbare

    Et la guerre arriva

    Et nous voilà ce soir.


    Jacques Brel

  • Commentaires

    1
    Lundi 28 Août 2006 à 18:27
    L'alcool
    comme panacé... Serais-tu breton Spleen? Bisous à toi
    2
    Lundi 28 Août 2006 à 18:28
    Je vois
    que tout le monde est d'humeur joyeuse aujourd'hui. Ici au moins c'est dit tout en musique.
    3
    Lundi 28 Août 2006 à 18:29
    Hum... parfums
    d'enfance... c'est bon de les retrouver quelques fois, ne serait-ce que pour les bons souvenirs que la jeunesse nous laisse dans le coeur. Parfums d'errance... l'errance nous fait perdre la tête, nous égare, et c'est bon parfois d'oublier l'enfance et de rêver, d'errer...Bisous ici cher Spleen.
    4
    Lundi 28 Août 2006 à 18:31
    PS : j'avais oublié de te dire
    MERCI, j'adore Jacques Brel, tu aurais dû mettre la chanson écouter, dommage... une prochaine fois. Encore des bisous là.
    5
    Plume
    Mardi 29 Août 2006 à 05:15
    Brel
    est l'un de ceux qui me touchent le plus, ses mots si justes que l'on ressens d'autant mieux lorsqu'on a reçu une éducation flamande (de France, mais flamande quand même).
    6
    Mardi 29 Août 2006 à 10:31
    Quelques bisous rosés
    de nous deux, pour toi, ici...
    7
    Mardi 29 Août 2006 à 13:14
    l'enfance
    de toutes les chances ou de malchance..mais dites ainsi par le Grand Jacques cela dépasse nos espérances....*
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